Des fleurs équitables

Par Ariane Paré-Le Gal
Un extrait de cette chronique

Chez le fleuriste, seules les plus belles fleurs seront choisies par les consommateurs. Nous les voulons fraîches, colorées, symétriques et durables, bref, c’est la perfection que nous cherchons. En 2007, près de 16 millions de fleurs de toutes sortes ont été importées au Québec, dont plus de 65 % provenaient de l’Équateur et de la Colombie, où elles sont produites dans d’immenses villages de serres. Cette production de masse a un impact social, mais surtout environnemental très lourd, notamment à cause de l’usage abondant de pesticides. Cependant, il est maintenant possible d’acheter plusieurs variétés de fleurs équitables et écologiques au Québec.

Dans les entrepôts de Sierra Eco, des travailleurs s’affairent à classer et à vérifier la qualité des fleurs qu’un camion vient de livrer dans de grandes boîtes de carton. Plusieurs d’entres elles affichent le logo Sierra Eco, qui atteste de la qualité environnementale et équitable de leur contenu


La problématique du marché des fleurs coupées

Selon Tom Leckman, président de la compagnie d’importation de fleurs Sierra Eco, la production de fleurs coupée est parfois problématique. « En Amérique du Sud, il y a eu et il y a encore de gros problèmes reliés à l’utilisation des pesticides. Les travailleurs restent parfois dans les serres durant la fumigation, et sont donc directement exposés aux pesticides. De plus, immédiatement après l’épandage, ils manipulent les fleurs et s’intoxiquent au contact des pétales. » Tout cela joue sur la santé des travailleurs en causant des maux de tête, des étourdissements, des maladies sanguines et respiratoires, et même, dans des cas graves, des cancers. Outre les effets négatifs sur la santé, les quantités significatives d’eau et de pesticides utilisés dans des serres a évidemment un impact environnemental important. De plus, les déversements de pesticides contaminent les terres cultivées et les cours d’eau.

L’industrie se prend en main


Dans le but d’améliorer la réputation du marché des fleurs coupées, mais surtout par volonté de changer les pratiques existantes, l’industrie s’est prise en main il y a quelques années. La compagnie Sierra, a développé une certification basée sur des critères environnementaux et sociaux, en partenariat avec le Scientific Certification System, un organisme indépendant. « Ce sont donc des importateurs, comme nous, explique Tom Leckman, qui ont fait pression sur les producteurs pour que ceux-ci améliorent non seulement les conditions de travail de leurs employés, mais diminuent leur impact environnemental. »

La certification sur le terrain

Dans les serres, les conditions de travail se sont améliorées. Les travailleurs doivent porter un équipement qui les protège des pesticides. Un service de coopérative d’alimentation est souvent disponible, tout comme une garderie. Une infirmière est également sur place, et les femmes enceintes bénéficient de conditions de travail particulières. Finalement, le salaire des travailleurs a été majoré.

Du coté environnemental, «Les fermes certifiées on cessé l’utilisation de certains pesticides, et limitent l’usage d’autres produits, explique Tom Leckman. Des fermes qui utilisaient 110 à 130 kg de produits agrochimiques (pesticides, fongicides, etc) par hectare, par année, n’en n’utilisent aujourd’hui que 7 à 10 kg. De plus, ajoute-t-il, toutes les fermes certifiées ont le mandat d’élaborer un plan de transition vers l’agriculture biologique. »

« L’idée, ajoute Tom Leckman, ce n’est pas uniquement d’avoir des fermes certifiées. Il faut aussi changer toute la chaîne de production, de la culture à la distribution. Chez Sierra, nous sommes donc tenus de recycler tout le carton des boîtes à fleurs, nous minimisons notre consommation de carburant et d’eau, et nous devrons, sous peu, composter les restes de fleurs que nous recevons. Nous sommes encore à la recherche d’un site de compostage, mais nous avons 12 mois pour nous plier à la réglementation, sans quoi, nous perdrons notre certification. »

Où trouver les fleurs Sierra Eco ?

18 fleuristes offrent une douzaine de variétés de fleurs Sierra Eco, dans la région de Montréal, de Québec, à Longueuil, Laval et en Estrie aussi.

Dans sa boutique À la boîte à fleurs, à Laval, la propriétaire Francine Locas-Joly, propose à ses clients plusieurs variétés de fleurs Sierra Eco. « Entre 30 à 40 % de mon inventaire est composé de fleurs équitables. J’ai des alstromerias, des œillets, des chrysanthèmes, du limonium et des roses bien sûr. »

Impossible de voir la différence entre une fleur certifiée équitable et une fleur conventionnelle. « Les fleurs équitables sont aussi belles sinon plus que les fleurs non-certifiées. Elles durent aussi longtemps et ne coûtent que quelques sous de plus. » Mais ce qui compte beaucoup, pour Francine Locas-Joly, c’est de savoir qu’en achetant une fleur certifiée, « on achète non seulement une fleur dont l’impact environnemental est moindre, mais également une fleur qui a permis à un employé de serres d’Amérique du Sud de travailler dans des conditions favorables. »

Les fleurs équitables sont parfois difficiles à repérer, puisqu’elles ne peuvent être identifiées individuellement par le logo Sierra Eco, mais il suffit de demander à votre fleuriste si vous pouvez vous en procurer.

• Au Québec, vous trouverez principalement des fleurs certifiées Vériflor. Il existe cependant d’autres certifications : FLP en Allemagne, MPS en Hollande, Florverde en Colombie, Max Havelaar en France et son pendant canadien Transfair.

• Il est possible de faire livrer des fleurs écologiques et équitables avec la compagnie Florist transworld delivery (FTD).

• La compagnie Roses Drummond, à Drummondville, vend des roses produites sur place et ayant nécessité un minimum de pesticides.

• Les roses vendues dans les épiceries Métro sont certifiées équitables.

Cela dit, même si les fleurs équitables représentent une amélioration par rapport à la culture traditionnelle, il n’en reste pas moins que ces fleurs voyagent sur de longues distances en avion, générant du même coup des gaz à effet de serre. Peut-on acheter des fleurs qui ont moins voyagé ?

Au Québec, la compagnie Roses Drummond produit des roses pratiquement sans pesticides, mais le Québec n' est pas un joueur important dans l’industrie des fleurs coupées. Par ailleurs, toutes les productions canadiennes ne pourront jamais rivaliser en terme de volume et de coût avec ce que produit l’Amérique latine, qui d’ailleurs tire de cette industrie des revenus très importants pour son économie.

L’argument de l’achat local est plus difficile à mettre en pratique dans le cas des fleurs coupées. Par contre, en saison, vous profitez-en pour cultiver vos propres fleurs coupées ou allez cueillir des fleurs des champs.